
Nous n’avons pas besoin d’un football de masse»
La situation désastreuse actuelle du football nigérien continue de faire couler beaucoup d’encre chez nombre d’acteurs. Depuis quelques temps, l’on constate que notre pays continue sa descente aux enfers. Elimination chaque année dès les tours préliminaires de nos clubs dans les 2 coupes de la Confédération africaine de football (CAF) ; absence du Mena senior dans les éliminatoires CAN et coupe du Monde 2010 zone Afrique ; disqualification des cadets de la prochaine coupe du Monde de moins de 17 ans au Nigeria ; suspension du Niger par la CAF de toutes les compétitions des jeunes pour 2 ans ; deux fois accusé de pays tricheur en l’espace de 3 ans (2006 par le Cameroun et 2009 par le Zimbabwe) ; un championnat itinérant à 20 clubs scindés en 4 poules de 5 clubs selon les zones géographiques... Le colonel Ada Zaroumèye, président de la Fédération sportive de l’AS Douanes, tire la sonnette d’alarme dans une interview qu’il nous a accordée. Quelle appréciation portez-vous sur l’actuelle formule du championnat National de D1 avec un chapelet de 20 clubs repartis en 4 poules de zones géographi-que de 5 clubs ? Colonel Ada Zaroumèye: Je dirais d’entrée de jeu que nous risquons d’avoir un championnat où les clubs n’auront pas suffisamment de compétitions dans les jambes. Nous aurions voulu avoir un championnat national en poule unique comme dans tous les autres pays du continent mais hélas la FENIFOOT nous a fait savoir qu’elle végète dans des difficultés financières. Nous espérons qu’à l’avenir ce système va disparaître. Maintenant, si vous prenez dans la poule A, obligatoirement un des 3 grands clubs du pays (Sahel SC, AS/FNIS et AS Police), risque à coup sûr de ne pas se retrouver en super Division. Et c’est triste ! Je crois qu’il faut abandonner cette formule de 4 poules et revenir à la réalité. Il y a quelque jours vous avez limogé votre entraîneur Maurice Guèye, pour dit-on mauvais résultat ? Je profite de vos colonnes pour une fois de plus remercier Maurice Guèye qui a servi l’AS Douanes avec sérieux et dé-termination malgré notre position. Nous tenons à reconnaître ses grands talents d’entraineur. Au moment où j’ai pris les commandes de la Fédération sportive de l’AS Douanes, nous avons discuté avec lui, dégager des objectifs clairs. Mais au vu des résultats mitigés, malgré l’investissement énorme de l'ensemble du corps, nous étions obligés de rectifier le tir. Et avant même cela, il est en passe de dé-missionner de lui-même. Dans un entretien récemment accordé au journal Le Républicain le capitaine du Mena cadet et sociétaire de l’ASFNIS Djibo Souley Alpha, a décrié la façon dont le championnat de football du Niger se dé-roule. Vous êtes de son avis ? Je crois que même ceux qui ont con-cocté ce calendrier du championnat ne sont pas d’accord avec eux-mêmes (NDLR : les membres de la FENIFOOT). C’est un tournoi qui ne donne pas assez de compétitions aux joueurs, ce qui explique, d’ailleurs, que les clubs nigériens sont toujours éliminés dès les préliminai-res des coupes africaines. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas un championnat costaud et de qualité. Je crois et c’est mon vœu que les prochaines saisons, nous allons prendre la mesure du désastre qui est causé. Et je pense que le petit (Ndr : capitaine du Mena cadet) a tout à fait raison de décrier ce championnat, le schéma actuel. Je prie Dieu que ça soit la dernière fois que nous aurons un championnat à 20 clubs divisé en 4 poules de 5. Et quelle est votre proposition ? Nous n’avons pas besoin de 20 clubs en 1èredivison, nous n’avons pas besoin d’un football de masse. Aujourd’hui, c’est l’élite, la qualité, au lieu de faire plaisir à x ou y pour bourrer la galerie. Ma solution ? C’est d’avoir 14 clubs en D1. Il faut aussi revaloriser la D2 qui regorge égale-ment des grands talents à qui malheureusement, on ne donne pas la chance de s’exprimer. Si nous disposons d’un championnat viable de D2, la D1 sera bien alimentée de très bons joueurs. On sait qu’à chaque début de saison, les clubs de D1 reçoivent des subventions de la FENIFOOT pour démarrer le championnat. Est-ce que l’AS Douanes a pu empocher sa part ? Je sais qu’il y’a une part qui est versé aux clubs, qui est modique donc insignifiante. La somme ne fait même pas le transfert d’un seul joueur. Je crois qu’il faut changer. Concrètement qu’elle lecture faites-vous de la gestion actuelle du football Ni-gérien ? Nous ne donnons pas trop de chance et de possibilité à nos jeunes talents d’aller s’exprimer. Le seul qui a pu s’affirmer c’est Mâazou Ouwo. Il faut qu’il y’ait une nouvelle orientation. Il nous faut d’ailleurs organiser des Etats Généraux sur le football nigérien depuis la disqualification du Mena cadet de la CAN d’Algérie. On a l’impression, que les gens se cachent quelque chose au cœur, qu’ils n’arrivent à faire sortir. Que chacun vienne extérioriser ce qu’il pense. Les gens sont frustrés et déçus. Cette disqualification de nos cadets pourrait nous servir de leçon pour répartir sur des nouvelles bases pour avoir un football compétitif, un football d’élite. Bref ! Un football qui gagne. Ces Etats Géné-raux sont plus que jamais nécessaires. Et je propose sa tenue avant même l’AG élec-tive de la FENIFOOT du 6 août prochain. Que tous les acteurs et amoureux se retrouvent : Ministère ; aile x ou aile y, tout le monde, pour que la jarre trouée puisse être bouchée. Pensez-vous que la tenue de ces Etats Généraux est possible ? Bien entendu ! Moi, je sais qu’il y’a eu des contributions financières qui ont été versées au comité de soutien basé au Ministère pour la campagne du Mena cadet. Ce montant là est disponible. Et on peut très bien l’utiliser pour organiser ces Etats Généraux sur le football nigérien. En faites, moi c’est pour simplement permettre à tout le monde de venir extirper ce qu’il a sur le cœur. Qu’on se pardonne et redémarrer pour de bon. Tout ce qui nous arrive aujourd’hui, est dû, au fait qu’il y’a des rancœurs, de l’orgueil, de règle-ments de comptes. Et si nous arrivons à taire et éradiquer ces maux, se réconci-lier et fumer le calumet de la paix, je crois que nous ne serions plus les dindons de la farce d’Afrique.
Par
Ousmane KeïtaMis en ligne le 29/07/2009 à 16:22